28 mai 2005
Et les Sims 3 sont arrivés
Avec l'arrivée des Sims 3, je me suis de nouveau lancée dans une grande saga, qui je l'espère sera mon unique histoire Sims 3 dans la mesure où c'est toute la vie d'un quartier qui sera passée au crible, en l'occurrence Riverview. Si vous êtes curieux de découvrir les familles qui y vivent et ce qu'ils font de leur vie, ce blog est fait pour vous et je vous souhaite une bonne lecture.
Si vous voulez bien me suivre, Menons l'enquête à Riverview
Fonsine
Un grand merci à Kimbauer à qui je dois cette magnifique bannière.
Ne manquez pas de lire son Legacy à Bobby
16 juillet 2009
R1. Les Jones

Le long des rives du Lac Simomon, s'étend le petit village paisible de Riverview, ses lacs où les poissons pullulent, ses grottes, ses sites de spéléologie, son cimetière si pittoresque, ses catacombes... Riverview c'est aussi un village en pleine extension grâce aux technologies de pointe dont le LDESE (Laboratoire d'Etude des Sols et de l'Eau) est l'un des plus beau fleurons. La vie culturelle y est bien implantée grâce à sa salle de concerts et de cinéma, sa galerie d'art, sa bibliothèque sans oublier son stade de foot et d'athlétisme pour les sportifs.
Si vous souhaitez renouer avec la vie saine et tranquille de nos campagnes, n'hésitez pas plus longtemps : Venez à Riverview !
OFFICE du Tourisme de Riverview
Riverview, un petit village bien tranquille ? Voire !
Vous en connaissez, vous, des villages bien tranquilles où la vie s'écoule sans drames, sans intrigues, sans secrets inavouables ? Au fil de cette histoire, nous allons pousser les portes de quelques familles nouvellement ou anciennement installées pour nous rendre compte par nous-mêmes de ce qui se trame derrière les murs. Moi ça ne me gêne pas trop de jouer les espions. Je dirais même que j'adore ça.
Pas vous ?

Dominant le petit village de Riverview, se dresse le manoir Remington. "Quelle aubaine !" s'était écriée Hannah Jones lorsque le notaire lui avait fait part des dispositions testamentaires de son cousin éloigné Jasper Remington qui faisait d'elle sa légataire universelle.
- Tu te rends compte, Aiden ? Un manoir ! Un véritable manoir ! J'ai toujours entendu mes parents dire que c'était une maison magnifique, avec des pièces à ne pas savoir qu'en faire. Il nous aurait fallu travailler toute notre vie pour nous offrir un pareil palace et encore...

- Il était millionnaire, ton cousin Jasper ? S'inquiéta Aiden, son mari. Il faisait quoi de son vivant ? J'espère qu'il ne traficotait pas avec la pègre, magnat du crime ou quelque chose d'approchant. Personne ne devient aussi riche en une génération en faisant un travail honnête.
Sa formation de scientifique, même s'il n'était encore qu'au deuxième échelon de sa carrière, lui avait appris à se montrer méfiant. D'autant plus qu'il se savait assez impressionnable. Et ce cadeau qui leur tombait du ciel semblait trop beau pour ne pas cacher quelque chose.

- A vrai dire... nous le connaissions très peu. Enfin... nous ne le connaissions pas du tout, sinon par les "on dit". Mais justement, "on dit" que ce manoir c'était un peu comme un monument à sa mémoire auquel il a travaillé toute sa vie. Il a mis tout ce qu'il possédait dans cette maison, la bâtissant pièce après pièce. Et tu vois le résultat : Elle est tout simplement magnifique ! Une vraie maison de rêve ! Au lieu de te poser des questions, pense à la chance que nous avons. Tu sais que j'ai toujours rêvé d'avoir au moins cinq enfants, hé-bien, au moins, ils ne manqueront pas d'espace pour grandir et s'épanouir. Tu crois que c'est avec ce qu'on gagne qu'on aurait pu leur offrir ça ? Enfin, réfléchis un peu ! Tu sais combien il nous reste en banque ? Deux mille simflouzes, pas un sou de plus.

- Tu dois avoir raison. Je me pose beaucoup trop de questions. Excuse-moi d'avoir gâché ta joie. Et puis, quand tu seras reporter d'investigation, tu pourras mener ton enquête. Les gens du village doivent en savoir un peu plus long sur ton cousin, il suffira de savoir écouter.
- On n'en est pas là ! J'ai beau travailler dans un journal, pour le moment, on me demande juste de veiller au bon fonctionnement du vérificateur. Mais tu fais bien d'en parler. J'ai intérêt à travailler ma compétence écriture, et je te promets que dès que je pourrai, je tâcherai de me renseigner. C'est bien pour te faire plaisir, je te parie qu'il n'y a aucun mystère là-dessous. Riverview n'est qu'un petit village où tout le monde se connaît et si mon cousin était un criminel, on le saurait.

Hannah commençait à s'impatienter
- Bon, tu décides ? Tu viens visiter la maison ou tu comptes rester dans le jardin ? Tu n'as pas hâte de voir l'intérieur ?
- Il n'y a rien qui presse. On est propriétaires, non ? La maison ne va pas s'envoler. Je comptais plutôt aller faire un tour dans le village, voir si je ne trouverais pas un échiquier quelque part pour m'entraîner.
- Ah, toi et tes échecs ! Tu espères toujours devenir maître en la matière ?
- Plus que jamais ! Et puis si par bonheur je pouvais trouver quelques graines, j'en profiterais pour jardiner un peu. Tu vois que je m'arrange pour ne pas t'occasionner de frais... même si on vit dans un palais de millionnaire. Je n'oublie pas qu'il va falloir payer les impôts locaux, et avec une pareille bâtisse, ils ne doivent pas être donnés, les impôts !
- Tu sais quoi, Aiden ? Je t'adore ! Surtout, ne change jamais !

- Mais que c'est grand ! Presque trop, même, s'exclama Hannah en découvrant les lieux. Que de place perdue ! Que de tours, de détours et de circonvolutions pour naviguer à travers les pièces. Que de trucs qui ne servent à rien ! Et qu'est ce que c'était que ce trou au milieu de la maison ? Même pas une cave, rien ! Juste pour le plaisir de se faire peur en descendant au sous-sol pour remonter de l'autre côté. Ah, il y allait avoir du travail avant que la maison ne soit conforme à ses attentes ! Mais-bon ! Pour le prix qu'elle lui avait coûté...

- Je ne sais pas si mon cousin avait à faire avec la pègre, mais une chose de sûre : il était un peu sonné sur les bords, se dit-elle après avoir perdu un temps fou pour rejoindre le bureau où trônait un ordinateur tout neuf qui avait bien écorné le capital. Heureusement, elle allait abattre des cloisons, enlever des portes, parer au plus pressé en attendant de revoir toute la distribution. Au final, les Jones se retrouvaient riches de plus de 6 000$ et ce n'était qu'un début.

Aiden avait pris un taxi gratuit -comme dans tout Simland- et demandé au chauffeur de le conduire à un endroit où il pourrait s'entraîner tranquillement.
- Je vois c'qui vous faut ! Y a l'aire de jeu Canine. Y a pas plus tranquille comme coin, et je crois ben qui doit rester un vieil échiquier qui traîne encore par là, lui avait répondu le chauffeur,très obligeant -surtout pour le prix qu'il était payé.
Et ça, pour être tranquille, c'était tranquille. Aiden pouvait se concentrer tout à son aise, quand il fut dérangé par la sonnerie de son portable.

- Aiden, chéri, tu as eu tort de ne pas vouloir visiter la maison. Il y avait un échiquier sur un balcon. Alors, qu'est ce que tu fais, tu rentres ?
- Ben écoute... puisque j'y suis, j'y reste ! Tu travailles toujours à ton bouquin, je suppose ?
- Oui. Je t'avoue que j'en ai un peu marre. Je vais peut-être aller faire un tour en ville pour me changer les idées. Tu me retrouves à la librairie, disons... dans trois heures ?
- Va pour trois heures ! D'ici là, j'espère bien avoir amélioré ma stratégie. Je t'embrasse, chérie. Ne fais pas de folies en ville, tu sais qu'on n'a pas trop les moyens.

Il se réinstalla pour poursuivre son entraînement, mais les conditions avaient changé. Impossible de se concentrer avec le raffut que faisaient les nouveaux-venus. Toute une tribu !
- Papaaaa, je peux aller sur le toboggan ? Hein, papa, je peux y aller dis ?
- vas-y et essaye de pas te casser une patte !
- Tata, quand est ce qu'on mange ? T'as pas oublié le pique-nique j'espère !
- Nan, je l'ai le panier ! Toute façon, y a un barboc, alors on aurait mangé des hot-dogs.
- Ouais, mais si t'as oublié les saucisses, le barboc, y sert à rien !

- Vous partez ? Faut pas qu'on vous chasse.
- Heu... non, vous ne me chassez pas, je m'apprêtais à partir justement.
- Vous êtes nouveau dans le village ? Je vous ai jamais vu avant, et pourtant, des mecs, j'en connais ! Comment vous-vous appelez ?
- Aiden Jones. En effet, nous venons d'arriver ma femme et moi...
- Ah, Vous êtes marié ? C'est bien ma veine ! Pour une fois que je tombe pas sur un thon. Moi c'est Ruby. Ruby Hasseck. Je travaille au spa et vous ? Vous faites quoi ?
- Je travaille au centre de recherche sur le sol et l'eau.
- wouahou, un scientifique ! T'entends ça Trigger ? Il travaille au centre de recherche. Prends-en de la graine, feignant !

- Pourquoi que je dois rester à table, Buck ? J'ai pas faim. Et d'abord, papa il a dit que je pouvais faire du toboggan.
- Tu feras du toboggan quand t'auras fini de manger. Alors, t'attends ton hamburger et t'arrêtes de nous casser les... pieds -pour être poli.
- Lui c'est Steeve. C'est mon petit frère. Il est pourri-gâté par mon père, ça se voit.
- Votre père, c'est le monsieur barbu ? Vous formez une belle famille, dites-donc. Et Buck, c'est votre grand frère ?
- Mon frère ? Ca me ferait mal ! C'est mon oncle ! Y a mon père, Philippe, ma mère, Florence, moi et mon frère et Buck qui nous est tombé dessus avec mon cousin Trigger et sa soeur, Susie. Mais je vais pas vous raconter toute l'histoire de la famille, ça serait trop long !

- Ce n'est pas que ça ne m'intéresserait pas, mais je dois vraiment partir maintenant. Je comptais aller chercher des graines avant de retrouver ma femme.
- Vous-vous embêtez bien à chercher des graines, suffit d'aller à l'épicerie acheter des fruits ou des légumes. Au moins vous saurez ce que vous plantez. Les graines c'est neuf fois sur dix espèce inconnue au bataillon. Ca se trouve, vous aurez même pas les compétences suffisantes.
- Oui-mais, les graines, c'est gratuit !
- Enfin, ce que j'en disais... c'est pour vous.
- Tu manges pas ton hamburger, Steeve ?
- NAN ! J'aime PAS les hamburgers ! J'aurais préféré un hot-dog. Pourquoi t'en fais jamais des hot-dogs ?
- Scusez moi. STEEVE ! TU MANGES TON HAMBURGER et en vitesse, en plus ! Non-mais, t'as vu comment il te parle, m'man ? Et toi tu dis rien, tu laisses faire ! Quand il aura quinze ans, il te crachera dessus. Tu verras ce que je te dis !

Tandis qu'Aiden, pas mécontent d'avoir réussi à se débarrasser de la tribu Hasseck, rejoignait le centre ville en scrutant les bas-côtés de la route pour trouver des graines, Hannah faisait des emplettes.
- J'aurais voulu un livre sur les échecs. C'est pour faire une surprise à mon mari.
- Il a ben d'la veine vot' mari d'avoir une femme qui pense à lui. C'est pas si courant par ic... TU VAS ME FICHE LE CAMP, TOI !!
- Pa... pardon ?
- Nan, c'est pas à vous que je causais, m'dame. C'est à ce p'tit voyou de Jojo Nouvot. Que je t'y reprenne à venir rôder par ici !

- Ce petit voy... il a pourtant l'air bien mignon.
- Vous y fiez pas ! S'il croit que je vois pas clair dans son manège. Ca attend qu'on soit occupé, et ça vous vole un livre en moins de deux. Mais j'ai l'oeil ! Pas b'soin de caméra de surveillance, je surveille !

La nuit avait étendu son manteau d'ombres et de nuages et Aiden n'était toujours pas là. Hannah, qui ne se sentait pas rassurée, étant impressionnable de nature, commençait à s'inquiéter.
- Mais qu'est ce qu'il fabrique ? Je lui avais dit dans trois heures. Ca va faire bientôt quatre heures que j'attends. Heureusement que j'avais emporté de la lecture. Mais j'aurais bien voulu écrire un autre chapitre à mon roman. Il va être trop tard, maintenant.

- Ah, te voilà quand même ! C'était si loin que ça, ton coin tranquille ?
- Non, ce n'est pas ça. C'est que je voulais trouver des graines pour le jardin, tu comprends...
- Et tu en as trouvé ?
- Même pas !
- Ce ne serait pas plutôt une excuse pour repousser le moment d'entrer dans la maison ?
- Mais-nan, qu'est ce que tu vas chercher là ? J'ai cherché des graines, et comme la nuit était tombée, j'y voyais goutte.
- Alors, on rentre ? On va inaugurer le lit ? Qu'est ce que tu en dis ?
- J'en dis que... il y a des programmes moins séduisants !

- Qu'est ce que tu regardes, Aiden ? Tu n'as pas l'air bien empressé.
- Je regarde... Tu ne trouves pas ça un peu glauque, comme décor ?
- Glauque ? Tu n'as encore rien vu ! On ne peut pas dire que cousin Jasper brillait par son bon goût. Mais tu peux me faire confiance, je vais transformer cette maison en un véritable petit bijou. On gardera le style, bien entendu, mais un petit coup de fraîcheur ne lui fera pas de mal. Bien, maintenant es-tu disposé à me faire ce premier bébé, ou faudra-t-il attendre la fin des travaux ?
Petite musique de nuit.
18 juillet 2009
R3 : Les Grands-pères

En parlant de vieux...
Au 500 rue de Riverview, se trouve une maison connue sous le nom de "Maison des grands-pères" depuis que son propriétaire, Bennie Dean, y a fait emménager deux de ses vieux amis célibataires. Ce ne fut pas toujours le cas. Il fut un temps, quand le jardin résonnait des rires du jeune George Dean et que Loonie était encore de ce monde, où on l'appelait "La maison multiporches" en raison... Je ne vais tout de même pas vous faire l'affront de vous l'expliquer.

Bennie avait bien cru mourir de chagrin, le jour où sa chère Loonie était partie. Il était resté prostré pendant plusieurs mois, errant sans but dans la maison vide qui lui semblait démesurément grande avec ses trois chambres. Ses seules sorties le conduisaient invariablement au cimetière, sur la tombe de Loonie, où il espérait puiser le courage de continuer. Deux ans après, il poursuivait toujours ce rituel qui lui était devenu vital. Il avait fait graver une épitaphe "A Loonie, ma tendre épouse. Tu nous manques terriblement" et ne terminait jamais sa visite sans lui promettre de la rejoindre bientôt.
Mais les choses allaient évoluer d'une manière inattendue.

Au retour d'une de ses visites au cimetière, il s'était trouvé nez à nez avec son vieil ami Melvin Staf.
- Alors, vieille branche ? Je te croyais mort ! Ca te tuerait de donner des nouvelles, de temps en temps ?
Moui... ça manquait un peu de tact dans les retrouvailles. Mais qui, à Riverview, ignorait que Melvin était par nature incorrect ? Incorrect et grognon.
Les yeux de Bernie s'étaient remplis de larmes.
- S'il ne tenait qu'à moi... croies-moi il a longtemps que j'aurais supplié la faucheuse de m'emmener pour rejoindre... sa voix se brisa... ma chère Loonie.

Melvin n'était pas foncièrement méchant, il s'aperçut qu'il avait blessé son ami.
- Excuse-moi, Bernie. Je pensais pas qu'après deux ans c'était encore si douloureux.
- Deux ans, deux mois, deux jours, ça ne fait aucune différence. Elle me manque, Melvin. Si tu savais comme elle me manque ! La maison est tellement vide depuis qu'elle n'est plus là. Je tourne en rond, je parle aux murs. C'est dur, tu sais, la solitude !
- Tu t'occupes plus de ton jardin ?
- Pff, mon jardin ! Si tu le voyais. Faudrait bien que je m'y remette, mais j'en ai même plus le courage. J'ai même plus le courage de me faire de la cuisine. J'avale des tonnes de soupe en boite, des céréales par poignées, des montagnes de tartines de confiture... tout un tas de cochonneries. Pourtant, tu sais comme j'aimais faire de la bonne cuisine pour Loonie.

- Quel gachis ! s'écria Melvin. Un fin cordon bleu, comme toi. Allons mon vieux, faut te ressaisir ! Tu peux pas rester comme ça ! Si c'est la solitude qui te pèse, pourquoi tu prends pas un colocataire ?
- Un inconnu ? Dans MA maison ! Pour qu'il me dévalise pendant la nuit ! Tu sais que j'ai toujours eu un sommeil de plomb et ça ne manque pas d'aigrefins qui demanderaient qu'à en profiter.
- Qui te parle d'un inconnu ? J'en connais un -que tu connais bien- en qui tu peux avoir confiance et qui demanderait pas mieux.
- Un que je connais bien... réfléchit... réfléchit... non, je vois pas de qui tu parles
- Je parle de moi, imbécile ! Je viens de prendre ma retraite et tu sais combien je touche de pension ? 120 $ ! Tu pourrais vivre avec ça, toi ? Une fois que j'aurai payé mes impôts, il me restera juste de quoi m'acheter une corde pour me pendre.

L'affaire conclue, Bernie commença à retrouver goût à la vie. Melvin n'était pas le dernier à lui donner un coup de main au jardin.
- Ca aurait besoin d'un bon coup de fertilisant, tout ça. Jamais eu de salades aussi rachitiques ! Et du côté des tomates, ça dit quoi ?

- Côté tomates, ça va. Elles sont d'une grosseur exceptionnelle.
- Ah, tant mieux ! J'avais bien peur de pas réussir à les récupérer. Mais tu sais, Melvin, faut pas te croire obligé de m'aider. Maintenant que j'ai repris le coup, je peux me débrouiller du jardin.
- Qu'est ce qui te fait croire que je me sente obligé ? Tu m'as déjà vu faire quelque chose qui me plaisait pas ? Si je le fais, c'est que je veux bien ! En plus, ça ne peut que m'aider dans ma carrière.
- Ta carrière ? Je croyais que t'étais à la retraite
- Je SUIS, à la retraite ! Mais j'envisage de rempiler. Je voudrais faire ce dont j'ai toujours rêvé : élever des cyborgs
- Tu crains pas de t'y prendre un peu tard ?
- On verra bien ! Qui ne tente rien...

- Une bonne chose de faite ! Je crois qu'on n'a pas volé notre repas. Allez, je fais un petit barbecue. Des hotdogs, ça te dit ?
- Ca ou autre chose !
- Quel enthousiasme !
- Ben quoi ? Tu voudrais pas que je saute de joie parce qu'on va manger des saucisses ! Tu m'aurais parlé d'un homard thermidor, encore... T'as pas peur de perdre la main à faire griller tes hotdogs ? Je t'ai connu meilleur cuisinier.
- Je la perds pas, je la retrouve ! Tu sais depuis combien de temps j'ai pas pris un bon repas chaud ?
- Mouais... un bon repas, faut le dire vite !

- Si t'arrêtais de râler cinq minutes ? Viens-donc t'asseoir ! Où tu vas avec ton assiette ?
- A l'ombre ! Tu crois quand même pas que je vais m'installer en plein soleil ? C'est des coups à se prendre un coup de chaleur. Et tu sais ce que ça fait un coup de chaleur, à nos âges ? Non, tu le sais pas, sinon tu ferais comme moi : tu prendrais pas de risques.
- Pff, un coup de chaleur ! C'est pas plutôt que t'aurais l'intention de pique-niquer à côté de ton maudit ordinateur ? Tu peux pas t'en passer cinq minutes ? Ca te suffit pas d'y passer tes nuits, faut aussi que tu le couves dans la journée ?
- Quand bien même ! Faut bien se distraire
- Y a la bibliothèque pour se distraire. Les appareils modernes, ça se détraque tout le temps et en plus ça sert à rien.
- Toi, tu ferais la paire avec Florence Hasseck ! Aussi bornés l'un que l'autre par rapport au progrès !
- Ah-mais tout le monde peut pas être un génie, qui plus est de l'informatique, comme toi ! Moi, ça me va très bien de vivre dans le passé.

Malgré son sale caractère, Bernie se félicitait d'avoir loué une chambre à Melvin. Finies les longues heures à ressasser ses souvenirs. Melvin lui tenait compagnie et lui avait même permis de renouer avec des activités pour lesquelles, la veille encore, il n'éprouvait plus aucun intérêt. Comme par exemple : la pêche.
Ils avaient à présent "leur coin" à proximité du cimetière, et sitôt la visite à Loonie terminée, ils dépliaient leurs cannes et faisaient des concours à celui qui attraperait le plus gros poisson. C'est au cours d'une de ces parties de pêche mémorables, que Melvin lui fit une autre proposition.
- Dis-donc, Bernie. Qu'est ce que tu dirais d'avoir un nouveau colocataire ?
- Aaaah-ça ! J'en sais trop rien. Pourquoi ? Tu t'ennuies déjà avec moi ? Je sais bien que je suis pas toujours marrant. Mais faut me comprendre. Y a quand même pas si longtemps que je suis veuf. Faut me laisser le temps de faire mon deuil.
- Ca n'a rien à voir avec toi, bougre d'âne ! Ce serait plus pour gonfler un peu nos rentrées et ça rendrait service à Henry, par la même occasion.

- Henry ? Tu veux pas dire... tu me parles pas quand même pas d'Henry McGlum ?
- Tu connais un autre Henry, toi ?
- Ben-non, justement ! Henry McGlum ! Mais il a tout du vieux gars !
- Alors là, si tu cherchais à me vexer, t'as gagné !
- Je parle pas pour toi, Melvin. Toi, t'aurais pu te marier si t'avais pas été si grognon. T'as fait fuir toutes tes prétendantes, avec ton sale caractère. Mais Henry... Henry il a choisi de vivre seul, c'est pas pareil ! Il aurait convenu ermite au fond des bois ! Il pourra jamais s'entendre avec personne. Enfin, je vois pas pourquoi je m'en fais, il acceptera jamais.
- Il a accepté !
- Tu dis ? Tu lui en as déjà parlé sans attendre que je donne mon accord ? Alors là, Melvin, t'as poussé le bouchon un peu loin. C'est plus de l'incorrection, c'est carrément du sans-gêne !
- M'enfin, Bernie, je pouvais pas deviner que tu te ferais tirer l'oreille ! Je croyais que t'étais ami avec Henry ? Henry est soigneux, perfectionniste, économe. En plus, il est pas encombrant, il passe tout son temps le nez dans un livre ou fourré à la bibliothèque. Je vois vraiment pas où est le problème.

Le problème ? Il était bien là, le problème ! Un bonnet nuit pareil, fallait déjà se lever tôt pour le trouver. C'est pas qu'il n'avait pas hésité quand Melvin lui avait proposé la chose.
- Bernie file un mauvais coton, il se remet pas de la mort de sa femme. Je fais ce que je peux pour lui changer les idées, mais je peux pas être toujours derrière lui. Pourquoi tu viendrais pas vivre avec nous ?
- Mmmm... tu sais, moi j'aime bien vivre seul. J'ai mes petites habitudes : Je mange à heures fixes. Je vérifie tout dans la maison avant d'aller me coucher, sinon je dors pas tranquille. J'attends que la nuit soit complètement noire avant d'alllumer la lumière pour pas gaspiller et puis je découpe les bons de réduction dans le journal tous les jours. Comment je ferais si on n'a qu'un journal pour trois ?
- Mais on te les laissera tes bons de réduction, t'en fais donc pas !
- Mmmmoui... on dit ça. Et puis après, on s'aperçoit que c'est quand même une sacrée source d'économies, ces bons de réduction, et on a vite-fait de changer d'avis.
- En parlant d'économies... tu penses à ce que t'économiserais en n'ayant qu'une colocation à payer ?
Cet argument avait fait pencher le fléau de la balance du côté oui, et Henry avait emménagé. Lui, ses bouquins, et ses petites manies.

Le coeur de Melvin battait à trois cents à l'heure quand il se présenta au laboratoire scientifique pour demander à être réintégré. N'allait-on pas lui dire qu'il était trop vieux ? A 162 ans, ce serait quand même malheureux ! Mais dans cette société où il n'y en avait plus que pour la jeunesse, il était en droit de se poser la question.
Heureusement, son expérience du bricolage et sa connaissance de la pêche avaient joué en sa faveur et on lui avait tout de suite proposé un poste de manipulateur de trucs ratés. Un petit pas pour le génie qu'il était, mais un grand pas vers le futur élevage de cyborgs qu'il comptait entreprendre.

Le travail d'Henry semblait avoir été taillé sur mesures -comme sa veste à carreaux- pour coller à sa personnalité : Il était gestionnaire de la qualité des rapports au Centre des affaires. Rien n'échappait à sa sagacité, pas une faute de frappe, pas une virgule de travers, pas la moindre faute d'accent. Quand l'heure de la retraite avait sonné, il n'avait pas cédé à l'appel des sirènes qui lui aurait permis de réaliser le désir qui le travaillait depuis son adolescence : Devenir un auteur à succès. Il était la clé de voûte de l'édifice sans laquelle tout le système économique serait à coup sûr compromis. Pouvait-il en son âme et conscience faire courir ce risque à la Nation ?
Je vous pose la question.

La seule chose regrettable -et qu'il ne se privait pas de regretter- c'était ce polo à rayures que le big boss obligeait ses employés à porter pour donner une image dynamique de l'entreprise. Aux yeux d'Henry, il donnait surtout l'image d'un laisser-aller dommageable, reflétant un état d'esprit je m'en foutiste propre aux jeunes générations et allant à l'encontre des objectifs. Pour l'heure, il était plongé dans la vérification du rapport Wright et se désolait de n'y trouver aucune anomalie à signaler.

- Bonsoir Henry ! Déjà plongé dans tes bouquins ? Qu'est ce que tu lis de si intéressant ? Tu préfèrerais pas venir profiter de la fraîcheur sous le porche avec moi ? Je t'apprendrais quelque chose. Quelque chose de formidable qui m'est personnellement arrivé.
- Pas le temps ! Je dois remettre ce rapport corrigé demain à la première heure.
- Dommage ! T'apprendras rien, du coup.
- Pour ce que ça m'intéresse...
- Comment tu pourrais savoir si ça t'intéresse ou pas, puisque tu sais pas de quoi je parle ? Faudrait voir à travailler ta logique, mon vieux !

- Je me demande... je me demande si les légumes ont poussé au parc des Azalées. J'ai bien envie d'aller y faire un tour
- Ben vas-y, qu'est ce que t'attends ?
- C'est qu'il fait un peu sombre, tu crois pas ? J'attendrais bien le matin, mais je voudrais pas me faire avoir comme la dernière fois. J'avais trop attendu et tout avait été râtissé. Plus une pomme, plus une salade, plus un poivron, rien !
- Ecoute, t'y vas ou t'y vas pas, mais t'arrêtes de te poser des questions à haute voix. J'ai un travail sérieux à faire, moi ! J'ai besoin de calme, de sérénité, de silence !
- Je vais y aller finalement. Des légumes gratuits, c'est toujours bon à prendre. Peut-être que Bennie pourra nous en tirer quelque chose. Il est pas encore rentré Bennie ? On pourrait y aller ensemble. HENRY ! Je te pose une question : Il est rentré Bennie ?
- Tu vois bien que non !
- Bon ! Alors je vais y aller tout seul.
- C'est ça, vas-y ! Et pas dans une heure, vas-y maintenant! Plus t'attends, plus il fera sombre.

Finalement, prendre des colocataires n'avait pas été une mauvaise affaire, se disait Bennie en rentrant de la superette où il était contrôleur des produits frais. Il y avait bien quelques petits inconvénients, mais trois fois rien à côté des avantages. Et quand il comparait sa vie actuelle à l'état dépressif où il était quand il avait retrouvé Melvin quelques semaines auparavant, il prenait toute la mesure de ces avantages. Melvin n'avait pas tort de le pousser à se remettre à la cuisine, il avait toujours aimé cuisiner et ça remontait de loin : Du jour où il avait réussi à cuire sa première brioche sur une petite cuisinière d'enfant que lui avaient offert ses parents. Le plaisir qu'il éprouvait quand il testait une nouvelle recette, c'était quand même pas négligeable. Bien sur, Loonie n'était plus là pour le complimenter, mais Melvin et Henry savaient apprécier les bons petits plats. Il allait peut-être se remettre à étudier de nouvelles recettes et qui sait ? Peut-être deviendrait-il une bibliothèque culinaire ambulante, son rêve de gosse.
19 juillet 2009
R4. Les Nouvot

Tout là-haut sur la colline, au bord de la route de la Vallée des fermiers, derrière le stade de foot, un architecte en mal d'originalité a imaginé une maison qui a fait doucement rigoler les dits fermiers et alimenté les ragots de Riverview pendant une bonne semaine.
- Ca ressemble à une maison comme moué à un appareil photo, hihihi ! Hé, le Buzz ! C'est-y qu'tu t'prendrais pour un poisson qu'tu t'fais construire un aquarium ? Hihihi ! T'y connais rein Mc Dermott, c'est ça le moderne ! C'est comme ça qui vivent à la ville : dans des cubes, hihihi ! Z'en pensez quoi, ma'ame Bagley ? Ca vous plairait pas c'machin ? A mon avis, y a qu'un fou qui peut v'nir s'installer là. C'est loin d'tout, ça ressemble à rein, et j'ai ben cru m'halluciner en voyant l'prix qui z'en d'mandaient chez l'notaire.

Et pourtant, ce qui allait rester dans l'histoire de Riverview sous le nom de "Grand appareil moderne" n'allait pas tarder à trouver preneur.
- STOP !! Robert, arrête la voiture ! Arrête vite chéri, je te dis ! Regarde ! Elle est pas magnifique, cette maison ? Pas la peine de chercher plus loin, c'est celle-là que je veux et pas une autre ! Tu seras à proximité des lacs pour ta pêche, à deux pas de ton travail et on vivra en communion avec la nature, ça ne fera pas de mal à Jojo. Hein, mon Jojo ? Tu te plairais pas ici ?
- Mmmouef, bof !
- Tu vois, Jojo est d'accord avec moi. On l'achète, chéri ? On l'achète ?

Et c'est ainsi que, sous la pression de l'emballement de sa femme et de l'enthousiasme délirant de son fils, Robert Nouvot n'hésita pas à engager toutes ses économies pour devenir officiellement "le fou qu'a acheté l'grand appareil moderne".
Il n'avait pourtant rien d'un fou, Robert Nouveau : Génie de l'informatique, plutôt amical et perfectionniste, il portait à la nature un amour inconditionnel et n'était jamais aussi heureux que lorsqu'il pouvait échapper au stress de la grande ville pour aller taquiner le vairon. Heureux en ménage, sa femme Maguy ayant à ses yeux toutes les qualités qui caractérisent une bonne épouse : cordon bleu, tournée vers la famille, courageuse, un brin artiste et -ce qui ne gâte rien- chanceuse.
Robert Nouvot aurait pu être le plus heureux des hommes s'il n'y avait eu... son fils Jojo qui s'ingéniait à le contrarier.

- Maguy, t'aurais pas vu Jojo ? Je lui avais dit que je l'emmènerai à la pêche ce matin, mais je le trouve nulle part.
- Chocho ? Ch'crois qu'il est deschendu en ville y a un peu moins d'un quart d'heure.
- EN VILLE ?! M-mais il était convenu qu'il devait venir avec moi à la pêche !
- T'es chûr de cha ?
- Mais-oui, je suis sûr ! Hier soir, je lui ai dit : Jojo, demain tu viens avec moi, je t'apprendrai à attraper du poisson. Ca te vaut rien de rester enfermé à lire tes bouquins toute la sainte journée. Profite du grand air, que diable ! Ca sert à quoi qu'on se soit installés à la campagne si c'est pour que tu mettes jamais le nez dehors ?

- Ben tu vois, il t'a écouté : il est chorti !
- Mais... mais c'est pas du tout ce qui était prévu ! On devait aller...
- ...à la pêche, oui ch'ai compris. Mais cha lui dichait peut-être rien.
Tout le monde peut pas aimer la pêche.
- Comment il pourrait le savoir ? Il a jamais essayé.

- Hoooo, tu me poses de ces questions ! Peut-être qu'il a oublié ?
- Oublié ? Ca c'est pas exclus. Toujours la tête dans les nuages !
- Mais laisse-le un peu tranquille ! C'est un rêveur, et alors ?
- Un rêveur ? Un glandeur, tu veux dire ! Toujours à buller dans son coin.
Il ferait mieux de ranger sa chambre ! Je parie qu'il a encore pas fait son lit.
- Que veux-tu, c'est un artiste ! C'est comme ça les artistes, les choses bassement
matérielles ne les intéressent pas. Ils sont bien au-dessus de ça !

- Un artiste ! Jusqu'à quand ? C'est pas parce qu'il a commencé à gribouiller deux-trois toiles que c'est un futur Vincent Vogue ! Fut un temps où il ne jurait que par la musique, ça lui a passé comme le reste. Un touche à tout, un bon à rien ! Voilà ce qu'il va devenir. Il a jamais été capable de se tenir à quelque chose. Y a que les bouquins ! Aaaah ça, les bouquins ! Ca serait des bouquins intelligents, encore... Mais t'as jeté un oeil sur ce qu'il lit ? "Stratégies et autres chauves-d'oeuvre", "A propos des marges" et j'en passe et des meilleurs ! Tu crois que c'est en se bourrant le crâne avec des inepties pareilles qu'il arrivera à quelque chose dans la vie ? 
VROOOOMMM ! VROOOOMMM ! Ca c'était de la bagnole ! La VFN Compensation avec son moteur V-16 et son système d'injection à kérosène, c'était quand même autre chose que la ferraille ambulante que son père lui avait offerte pour ses seize ans, et qu'il s'était empressé de ratatiner contre un arbre. Ca avait bien un peu râlé à la maison, mais maman avait bien rattrapé le coup, soulignant que le fait qu'il soit sorti de l'accident sans une égratignure tenait du miracle et que ça aurait pu être bien pire.
Après avoir négocié les virages à fond la caisse, Jojo roulait à présent en père peinard vers son destin : Il allait essayer de se faire embaucher à mi-temps à la librairie. La caverne d'Ali Simbaba pour un rat de bibliothèque comme lui. Il pourrait passer tout son temps à lire planqué derrière la caisse et en plus, il serait payé. C'était pas un plan génial, ça ?

Et voilà ! Trop fastoche !
Bien sûr, il avait fallu amadouer le vieux Cerbère qui aboyait comme un roquet chaque fois qu'il le voyait approcher à moins d'un mètre de sa librairie. Mais Jojo avait joué finement :
- Bonjour mons... NON ! Ne criez pas ! Je viens pas vous voler, je viens pour acheter. Auriez-vous par hasard un livre qui traiterait de la genèse de Riverview ?
- Traiterait de... ah, ça non, mon p'tit gars. Faudrait mieux que t'ailles voir à la bibliothèque. Mais j'te garantis pas que tu trouveras. Pourquoi ? Tu t'intéresses à Riverview ?
- Mais c'est la moindre des choses. Etant nouveau par ici, je ne demande qu'à me faire des amis, mais c'est difficile quand on connaît personne et qu'on est rejeté par tout le monde.
- Ooooh, qui c'est qui te rejette, mon garçon ?
- Ben... vous, pour commencer. Depuis huit jours que je passe régulièrement devant votre boutique -et que vous me chassez comme un malpropre- j'ai remarqué que ça désemplissait pas.
- Halalalala, à qui le dis-tu ? Ca veut des livres sur la pêche, sur la cuisine, sur le bricolage, ça demande des partitions de musique, sans compter les romans qui s'arrachent comme des petits pains. J'arrive même plus à fournir.
- C'est bien ce que j'ai remarqué ! C'est pourquoi je m'étais dit que vous auriez peut-être besoin de quelqu'un qui aime bien les livres pour vous donner un coup de main.
- Tope là, mon gars ! C'est d'accord. Moi aussi, j'me disais un truc dans le genre. Je suis plus de la première jeunesse, tu pourras m'aider à transporter les cartons et à regarnir les rayons.

- Tu vois ce que je te disais, Maguy : Il avait encore pas fait son lit et sa chambre est d'une saleté ! C'est répugnant. Je me demande comment il peut vivre dans une crasse pareille.
- Il est comme tous les jeunes de son âge, ça lui passera.
-Nan-nan-nan-nan, il est pas comme les autres : il-est-crasseux ! Il aime la crasse.
- Peut-être un peu, mais il a tellement de qualités ! C'est un artiste ! Et puis il est bienveillant. Tu sais qu'il a cotisé pour le fonds de préservation des Lamas ? Il nous a rien demandé, il a pris sur son argent de poche.
- Encore heureux ! T'en connais beaucoup des jeunes à qui on octroie royalement 100$ d'argent de poche par semaine ? Et tout ça, ça part en bouquins. Comme si on n'en avait pas déjà suffisamment à la maison.

- Là Robert, t'exagères. Il a bien le droit de disposer de son argent de poche comme il l'entend. Si on lui en donne autant, c'est qu'on en a les moyens. C'est pas pour rien que je travaille au restaurant. Si ça peut contribuer au bonheur de Jojo, je suis même prête à faire des heures supplémentaires s'il le faut.
- Tu... tu parles pas sérieusement ? Tu trouves pas que t'en fais déjà assez ?
- Je suis tout ce qu'il y a de plus sérieuse ! Et puis ça ne ferait que de m'arranger, ça me rapprocherait de mon but : devenir un maître de la cuisine. En parlant de ça... t'avais pas parlé de t'entraîner avant ton prochain match ?
- Si !
- Hé-bien, qu'est ce que tu attends ? Vas-y ! C'est important pour ta carrière ! Je sais bien que ta carrière, c'est pas ta préoccupation. Toi, tu passerais bien ta vie à la pêche. Mais t'en fais donc pas, d'ici que tu prennes ta retraite, il aura bien avancé ton aquarium parfait. T'auras plus à aller bien loin pour trouver du poisson à présent.

_ Jojo ! T'étais rentré, mon chéri ? Tu t'es remis à ta peinture ? Je dois te dire... ton père n'était pas très content que tu lui aies fait fond-bond, ce matin. Tu devais pas l'accompagner à la pêche ?
- C'est LUI qui veut absolument que j'aille avec lui à la pêche. Moi j'ai jamais eu l'intention d'y aller. Pourquoi faudrait toujours que ce soit lui qui décide de ce que je dois faire ou pas faire ? J'ai bien le droit de pas aimer la pêche !
- Chhhuuuttt chéri, pas si fort, il pourrait t'entendre !
- Hé-ben qu'il entende ! JE HAIS LA PÊCHE ! JE DETESTE LA PÊCHE ! La pêche c'est pour les vieux croûtons qui peuvent passer des heures à regarder flotter un bouchon pur tuer le temps.
- Et... et l'Art ? Tu aimes bien l'Art ?
- Ouais, l'Art ça va ! J'me débrouille.
- Alors, ça te dirait de m'accompagner à la galerie d'Art ? Il y a une exposition d'antiquités que je ne voudrais rater pour rien au monde.
- Mouef, si tu veux. Tant que tu me demandes pas de t'accompagner à la pêche...

- Ooooh quelles merveilles ! Tu as vu, Jojo ? Non-mais, tu as vu un peu, ces fauteuils ?
- Mouef... c'est des vieux fauteuils, quoi !
- Des vieux fauteuils ! Mais comment peux-tu dire ça ? Ce ne sont pas des "vieux" fauteuils, ce sont de véritables Piccadilly. Tu as remarqué les petits défauts dans la sculpture ? On sent le travail du petit artisan local mal équipé, mais tellement soucieux de bien faire. Ce sont ces petits défauts qui font que chacun d'eux est une pièce unique. Tu peux regarder, tu n'en trouveras pas deux exactement semblables. C'est ce qui explique leur prix... exhorbitant, hélas ! Tu me suis, chéri ? Je vais voir à l'étage s'il n'y en aurait pas d'autres.
- Beuhhh... nan, j'aime autant rester ici. J'ai pas encore tout bien regardé.
- Comme tu veux, chéri. Prends ton temps ! Si on m'avait dit que je trouverais des fauteuils de Pierre Piccadilly ici !

- Je me trompe, jeune homme, ou vous êtes comme moi ? Ces fauteuils de Pierre semblent vous laisser de marbre.
- Ooooh, mais comment pouvez-vous dire ça ? Ce ne sont pas des vieux fauteuils poussifs et tout bonnement hideux, ce sont de véritables Piccadilly !
- Poussifs et hideux ! Vous avez trouvé les mots que je cherchais. C'est... c'est votre maman ? Ne vous en faites pas, ma femme est en train de se pâmer devant une commode du même genre. Comme si on manquait de ces vieilleries à la maison ! Je ne comprendrai jamais les femmes : deux saisons avec la même robe et elles décrètent qu'elles n'ont plus rien de mettable, mais quand il s'agit de meubles, plus c'est vieux, mieux c'est. Vous aussi vous vivez dans un musée des horreurs ?
- Heu... non, moi j'habite le grand espace moderne sur la route de la Vallée des fermiers.

- Excusez-moi, je crois que je ne me suis pas présenté : Aiden Jones, j'habite au Manoir Remington. Vous savez, la vieille bâtisse...
- Le truc de ouf, pas très loin du stade ? Hé-ben mon vieux ! J'aime mieux pour vous que pour moi.
- Oui c'est un peu... spécial. J'espère que j'arriverai à m'y faire. Cette bâtisse me donne la chair de poule. Je ne saurais pas vous dire pourquoi.
- Ha-mais, y a de quoi ! Moi aussi j'aurais les boules si je devais vivre là-dedans. Heureusement, chez nous c'est tout moderne. Si vous passez par là, n'hésitez pas à venir faire un plongeon dans la piscine, au moins elle servirait à quelque chose.
- C'est très aimable à vous. Si à mon tour je peux faire quelque chose pour vous...

On ne pourra toujours pas reprocher à Jojo de ne pas savoir sauter sur l'occasion.

- Ouf, quelle journée ! Je suis vannée ! Mais je suis contente, j'ai vraiment vu de jolies choses et je suis si heureuse que tu t'intéresses à l'Art, mon Jojo.
- Mmmmm
- Ne reste pas trop longtemps à lire, tu sais que demain tu as de l'école.
- Nan-nan
- Bien... bonsoir mon Jojo. Essaye de te coucher avant que ton père ne descende. Il dirait encore que tu passes ta vie dans tes livres.
- Il peut dire c'qui veut, je m'en fous.

- HOOO-hisse !
BON ! Je crois que ça suffit pour aujourd'hui. Si avec ça, je suis pas paré pour le prochain match,
faudra qu'on m'explique pourquoi. Une bonne douche, un dîner léger et au lit ! 
- T'es encore là, toi ?! Qu'est ce que t'attends pour aller te coucher ? Le déluge ?
-...
- JOJO JE TE PARLE ! Alors, tu me ranges ce bouquin et tu me regardes ! T'as vu ta tête ? C'est plus des valises que t'as sous les yeux, c'est des malles ! Et tout ça à cause de quoi ? Tes bouquins ! Cherche pas. Tu t'uses les yeux et la santé avec ta lecture. Et ne t'avise pas d'allumer la lumière dans ta chambre pour continuer en douce, je surveillerai. Si j'aperçois le moindre rayon de lumière...

- Tu feras quoi ? Hein ? Tu feras quoi ? Si tu vois de la lumière, tu feras quoi ? Tu me frapperas ?
- Raconte donc pas de bêtises ! Est ce que j'ai jamais levé la main sur toi ?
- J'EN AI MARRE !! TOUT ce que je dis, TOUT ce que je fais, ça t'énerve ! Avec toi, je fais jamais rien de bien ! Je veux jouer de la musique, ça t'énerve ! Je fais de la peinture, ça t'énerve ! Je lis un bouquin, ça t'énerve ! Qu'est ce que je dois faire pour que tu soies content ? Me pendre ?!

- Et c'est reparti ! Ils ne finiront donc jamais de se disputer ? Mais aussi, Robert s'y prend mal. Je sais qu'au fond il adore son fils, mais il ne sait pas lui montrer. Ils sont si... différents de caractère. Pour Jojo, son père le tient pour un raté, et Robert s'imagine que son fils le déteste et que ce qu'il fait c'est uniquement pour le plaisir de s'opposer. Il ne peut pas admettre que Jojo ne pense pas comme lui, qu'il n'aime pas la pêche, qu'il haisse le sport et qu'il s'ennuie dans la nature. Il vaudrait mieux qu'ils aient une bonne conversation, tous les deux, qu'ils se disent les choses une fois pour toutes et qu'ils crèvent l'abcès. Ca fermente, ça fermente, et je sens que ça ne présage rien de bon.
24 juillet 2009
R7. Jones (2)

Dès que nous aurons réussi à mettre un peu d'argent de côté, il faudra que nous achetions une voiture, songeait Hannah dans le taxi qui la conduisait à son travail. N'importe quel vieux tacot ferait l'affaire. Elle sourit en se souvenant des réflexions d'Aiden quand il avait fini par découvrir l'alambic qu'était leur nouvelle maison et constaté que leur chambre et son mobilier laqué vert n'était qu'un pâle échantillon des mauvais goûts du cousin Jasper en matière de décoration. Seules la cuisine et les salles de bain semblaient y avoir échappé.
- Mais c'est formidable Hannah, nous allons vivre dans un labyrinthe aux couleurs de train fantôme ! Nous pourrions organiser des visites pour amateurs de sensations fortes, comme à la foire. A 5 simflouzes le billet et une visite de groupe par jour, nous pourrions presque envisager sereinement de payer nos premiers impôts !

- Ca se passe bien là-haut ? Vous n'avez pas trop peur ?
- Pa-pardon ?
La tirant de ses réflexions, la voix de la chauffeuse de taxi la fit violemment sursauter
- Excusez-moi, je ne voulais pas vous effrayer. Vivant à Remington, je ne pouvais pas me douter que vous étiez si impressionnable.
- Ce n'est rien, assura Hannah, mes amis ont coutume de dire que j'ai les nerfs à fleur de peau. Et mon état n'arrange rien, ajouta-t-elle en posant délicatement la main sur son ventre... Pour revenir à votre question, que souhaitiez-vous savoir ?
Mais la chauffeuse de taxi semblait plus intéressée par la nouvelle qu'elle venait d'apprendre.
- Vous attendez un bébé ? Oh-mais, ca ne se voit pas du tout. C'est prévu pour quand, la naissance ?
- Je n'en suis qu'au tout début de ma grossesse, mais je suppose que d'ici la fin de la semaine, ce sera chose faite.
- Ma soeur a eu cinq enfants. Cinq enfants dont des jumeaux. Vous-vous rendez compte ? L'horreur totale ! C'est bien simple, elle a passé toute sa jeunesse entre les couches et les biberons.
- Pourquoi l'horreur ? J'en connais à qui cela ne déplairait pas, se contenta de répondre Hannah avec un sourire entendu.

Hannah avait obtenu de son patron un congé de maternité. Elle allait mettre le temps de sa grossesse à profit pour terminer ce roman de science-fiction qu'elle avait entrepris. L'éditeur qui avait reçu les premiers chapitres s'en déclarait très satisfait et prédisait un record de ventes. Il en avait même touché deux mots à des producteurs qui s'étaient déclarés intéressés et avaient pris une option pour une adaptation cinématographique.
Partagée entre l'écriture de son roman et les travaux de rénovation de la maison, Hannah ne vit pas le temps passer.

Comme elle l'avait prévu, avant la fin de la semaine, le petit Swan fit son apparition. Aiden était aux anges, il avait toujours rêvé d'avoir un fils. Mais lorsqu'ils rentrèrent de l'hôpital avec leur précieux fardeau, Hannah ressentit une impression étrange.
- Tu avais raison Aiden, cette maison est lugubre. Je ne me souvenais pas qu'elle fut si grande, si sombre. Ce papier peint dans l'entrée est tout bonnement hideux.
- Chaque chose en son temps, ma chérie. Tu as déjà accompli des merveilles avec la salle à manger et la chambre de Swan, tu sauras bien t'arranger pour nous en faire un délicieux home-sweet-home.
- Sans doute, mais quand ? Quand je vois l'ampleur des travaux qu'il reste encore à effectuer, je me sens presque découragée.
- C'est normal Hannah, mais les travaux n'y sont pour rien. Tu viens seulement d'accoucher et tu appréhendes de ne pas savoir t'occuper de notre bébé. C'est fréquent chez les jeunes mamans. Tiens, passe-moi le petit bonhomme, je vais lui préparer son biberon.
- Toi tu as lu "L'histoire d'une future maman" le taquina Hannah, ayant retrouvé un semblant de sourire.

Mais les choses recommencèrent à se gâter lorsqu'elle entra dans la cuisine.
- C'était une bonne idée d'avoir fait des macaronis, chéri. Mais tu aurais quand même pu m'attendre pour manger - ou tout du moins ne pas laisser traîner ton bol sur la table. Tu crois que je ne suis pas suffisamment fatiguée que tu me rajoutes du travail ?
- Qu'est ce que tu me parles de macaronis ? QUELS macaronis ? Je nous ai juste mis de côté quelques gaufres du petit déjeuner de ce matin. Je n'ai même pas eu le temps de repasser à la maison. Tu ne te souviens pas que j'assistais à une séance d'accouchement dont tu étais la vedette, aujourd'hui ?
- Mais alors ??

- Mais alors quoi ? Qu'est ce qui te chiffonne ?
- Mais alors, ces macaronis, d'où sortent-ils ?
- Comment le saurais-je ? Sans doute des restes d'hier soir. Tu te rappelles quand même que nous sommes partis à l'hôpital en catastrophe ? Je ne me souviens plus de ce que nous avons mangé hier soir, mais ça serait des macaronis que ça ne m'étonnerait pas.
- Non-non, Aiden. Je suis sûre qu'hier soir nous avons déjà mangé des gaufres. Et puis, il n'y a qu'une seule assiette, c'est... C'est bizarre.
- Je vais te dire ce qui est bizarre, ma chérie. Ce qui est bizarre, ce sont ces envies subites que vous avez quand vous êtes enceintes, vous les femmes. Tu as sans doute eu une de ces envies -comment dit-on ? irrépressibles. Tu t'es levée, tu t'es préparé une pleine assiette de macaronis, et puis tu es revenue de coucher en te disant que tu laverais le bol en même temps que les assiettes du petit déjeuner ce matin. Comme nous avons déjeuné sur le comptoir et que c'est ton petit mari qui a fait la vaisselle pendant que tu appelais le taxi, je ne l'ai tout simplement pas vu.

- Tu crois que c'est possible ?
- Quoi donc ?
- Mais que je ne m'en souvienne plus. En admettant que ton hypothèse soit la bonne. Je m'en souviendrais quand même ! A moins d'être devenue somnambule...
- ...ou plus simplement d'être devenue maman entre temps et d'avoir eu mille autres sujets de préoccupation, tellement plus importants : préparer le trousseau, appeler le taxi, choisir le prénom de ce petit bonhomme -qui ne va pas tarder à nous faire savoir qu'il a faim... Si tu voulais bien me donner un des biberons qui doit se trouver dans le frigo...
Ca vient ! Ca vient, bonhomme, ne t'impatiente pas. Oooh, mais c'est qu'il avait grand faim, ce petit bébé. Hola ! Ne va pas t'étouffer quand même ! Tu as vu comme il est goinfre, Hannah ? Il s'est jeté sur son biberon !

- Tu restes pensive, ma chérie ? Ma brillante démonstration ne t'aurait-elle pas convaincue ? Auquel cas, j'ai bien fait de ne pas me lancer dans une carrière judiciaire, j'aurais fait un piètre avocat.
- Non-non, tu dois avoir raison. Je trouve simplement curieux de n'en avoir pas de souvenir.
- Alors, disons que ma plaidoirie méritait tout juste la moyenne. Je t'emmène, bonhomme ? Nous allons enfin découvrir la merveilleuse petite chambre que ta maman a préparée à ton intention.

- Alors, qu'en penses-tu bonhomme ? N'est ce pas qu'elle a bien travaillé, ta maman ? Et tu as vu ? Elle t'a fabriqué des rideaux assortis au ciel de lit. C'est une sacrément jolie petite chambre que tu as là. Tu ne connais pas ta chance mon garçon, tu verrais la mienne !
Oooh, mais il a ses petits yeux tout fermés. Il avait envie de faire un gros dodo ? Dors mon bonhomme, fais un gros dodo, papa va aller retrouver maman, essayer de la rassurer un peu. C'est qu'elle est vraiment impressionnable, ta maman, sais-tu bien ? Un rien l'angoisse !

- Tu as gagné, Hannah !
- Quoi donc ? Qu'est ce que j'ai gagné, mon amour ?
- Je suis jaloux !
- Jaloux ? Voyez-vous ça ! Et de qui serais-tu jaloux ?
- De Swan ! Déjà, il a la plus jolie maman du monde...
- Alors dans ce cas, tu as la plus jolie femme du monde, vous êtes à égalité
- Oui mais j'ajoute qu'il a la seule chambre potable de cette maison
- Mais la tienne est beaucoup plus grande ! Tu as remarqué que j'avais fait poser une cloison dans celle de Swan ? Au départ, c'était une chambre double, mais je tiens à ce que nos enfants -et j'espère bien que nous en aurons beaucoup d'autres- possèdentchacun leur propre chambre. Nous avons la chance d'avoir une grande maison, il faut bien qu'on finisse par y trouver des avantages.

- Je constate avec plaisir que tu ne penses plus à cette histoire de macaronis.
- Oh-si, j'y pense toujours. Mais j'essaye de me raisonner et de me dire qu'il y a sûrement une explication même si elle m'échappe pour le moment.
- Tu ne veux décidément pas de la mienne ?
- Tu l'as dit toi-même, mon chéri : ce n'est qu'une hypothèse.
- Tiens donc ! J'aurais dit ça ? Je n'en vois pourtant pas d'autre.
- Et si nous parlions d'autre chose, ou plutôt... si nous faisions autre chose ? Un nouveau bébé, par exemple. Le premier est plutôt bien réussi. Qu'est ce que tu penses de ce programme ?
- Rien ne nous empêche d'essayer.

Si Aiden sombra rapidement dans le sommeil, il n'en fut pas de même pour Hannah. Cette histoire de plat de macaronis la tracassait au-delà du raisonnable. Elle tentait vainement de se souvenir de ce qu'elle avait fait la nuit précédente mais entre le moment où elle s'était couchée et celui où elle avait ressenti les premières contractions à l'aube, rien ne lui revenait en mémoire.

Après une mauvaise nuit, elle se leva aux aurores et décida de descendre au jardin en attendant le réveil d'Aiden. Son attention fut attirée par trois superbes potées de calla lilies qui auraient eu leur place dans la maison. S'en étant approchée dans l'intention de les déplacer, elle eut la suprise de découvrir deux plaques de marbre portant chacune une épitaphe. Sur la première, Hannah put lire : Ici repose Eileen Remington qui restera toujours dans nos coeurs et sur la seconde : Ici repose Kirsten Remington, je ne t'oublierai jamais.

Passablement excitée par sa découverte, elle se précipita dans la maison dans l'intention d'en faire part à son mari. Mais des cris impérieux à l'étage la stoppèrent net dans son élan. Swan réclamait son biberon à cors et à cris accompagnés de longs sanglots.
- Mon dieu, Swan ! Je l'avais complètement oublié. Mais quelle mère indigne suis-je donc ? Ne pleure pas chéri, j'arrive ! Ta maman arrive tout de suite !

Après avoir nourri le bébé et changé sa couche Hannah prit un peu de temps pour jouer avec lui.
- Làààà, ça va mieux trésor ? Maman est une grosse vilaine. Tu ne lui en veux pas au moins ?
Swan lui décrocha une grimace qu'elle prit pour un sourire
- Oh-non, il ne lui en veut pas, le petit trésor à sa maman. Fais arrheu Swan, fais arrheu !
Le bébé riait à présent et Hannah était tout à fait rassurée sur le fait qu'il n'avait en rien pâti de son manque d'intérêt provisoire. Mais il n'était plus temps d'entretenir Aiden de sa découverte, car ce dernier était parti au travail sur un :
- Je vois que tu es bien occupée avec Swan, chérie. Je me sauve ! Passez une bonne journée tous les deux !

La découverte des deux tombes préoccupa Hannah durant toute la journée. Elle réalisa qu'elle ne savait rien de cette branche de la famille, s'étant volontiers imaginé Jasper en célibataire endurci, et voilà qu'elle découvrait d'autres Remington : deux femmes qui devaient être des intimes pour qu'il prit la peine de les enterrer dans son propre jardin. Jusqu'à quel point étaient-ils proches ? Quel était le lien qui les unissait à Jasper Remington ? Et de quoi étaient-elles mortes ?
Aussi, le soir même, fit-elle part de ses interrogations à Aiden.
- Ce qui est encore plus curieux, c'est que sur chaque tombe, j'ai vu une gravure en bronze : l'une représente des couverts posés sur une assiette, l'autre une main dressée, comme un appel à l'aide.

Contre toute attente, Aiden montra une certaine irritation
- Et tu en déduis quoi ? Qu'il les a assassinées ?
- Mais-non ! Qu'est ce que tu vas chercher là ? Il devait tenir à elles, puisqu'il les a gardées auprès de lui.
- Ecoute, Hannah ! Je trouve que tu te poses beaucoup trop de questions. Hier, cette histoire de macaronis, aujourd'hui, ces tombes pour lesquelles il y a encore très certainement une bonne explication. Je parie que ça t'a tracassée toute la journée. Tu oublies un peu vite que tu as des responsabilités à présent. Ta seule préoccupation devrait être de voir notre fils bien grandir. Mais peut-être n'étais-tu pas assez mature pour devenir mère ? Nous aurions bien dû attendre un peu.
Se remémorant la scène du matin, quand elle avait oublié Swan, Hannah rougit et plongea le nez dans son assiette.
- Tu as raison. Tout ça n'a strictement aucune importance.

Sentant qu'il l'avait profondément blessée, Aiden changea de ton.
- Tu sais quel est ton problème, chérie ? Tu as beaucoup trop d'imagination et ce qui est une qualité dans ton métier d'écrivain devient un handicap dans la vie quotidienne. Au fait ? Où en es-tu de ce roman de science-fiction que tu avaiscommencé ? Tu as eu le temps d'y travailler un peu?
- J'ai pratiquement terminé, j'en suis au dernier chapitre. Tu voudras bien le lire pour me dire ce que tu en penses ?
- Ne l'ai-je pas toujours fait ? Et...
- Et ??
- Tu n'as rien entendu ?
- Entendu quoi ?
- Je ne sais pas trop... on aurait dit... comme une plainte, ou plutôt un gémissement.

- Ce doit être Swan. Et encore, on a de la chance, d'habitude, ce sont plutôt des hurlements. Mais il n'est peut-être pas encore très affamé, je lui ai donné son biberon juste avant de préparer le repas.
- Mais bien sûr ! Ce doit être Swan, quoi d'autre ? Ne bouge pas, chérie, je vais voir ce qu'il a.
Hannah tenait sa revanche
- Un gémissement ? Une plainte, vraiment ? N'aurais-tu pas trop d'imagination à tour ? Je te rappelle que la romancière, c'est moi !
Aiden se garda bien de la détromper et fit mine de sourire, mais il était intimement convaincu que ce qu'il avait perçu n'avait rien de commun avec les vagissements d'un bébé.

